Un réseau d'art et d'histoire lié au patrimoine industriel : "le réseau au fil de l'eau"

les Cartonneries Huet - Pontrieux

L'origine des cartonneries


Les cartonneries HUET de Pontrieux, aujourd’hui disparues, sont nées de l’association de trois frères : Ernest (1846 - 1921) Victor (1847 - 1923) et Emmanuel (1849 - 1897) Huet, fils d’Aline Perreux et de Jean-Marie Huet, notaire établi à Quintin. Ernest, juriste de formation et inscrit comme avocat au tribunal de commerce de Quintin, s’occupe de la partie juridique. Victor sorti en 1870 de l’école centrale (même promotion que Gustave Eiffel) avec le diplôme d’Ingénieur des Arts et Manufactures, se consacre pour sa part à la partie technique. Quant à Emmanuel, il s’occupe de la partie commerciale et des relations publiques.
Ensemble, ils réunissent donc les compétences industrielles, techniques et administratives nécessaires à la création et au développement d'une entreprise.

A Rennes, l'entreprise Oberthür se développe à grande allure. Fondée en 1838 par François-Charles Oberthür elle détient depuis 1860 l'exclusivité sur l'impression de « l'almanach postal » une idée de François-Charles Oberthür lui-même. Les besoins en papier et en carton de l'imprimerie sont donc grands et comme d'autres papeteries de Bretagne, celles de Belle-Ile-en-Terre, ouvertes en 1855 par Adolphe (1826-1894) et Théodore (1826-1894) Vallée, en sont un des fournisseurs. Amis de la famille Huet ce sont sans doute eux qui les ont poussés à ouvrir une cartonnerie à Pontrieux, lieu d'où provient déjà une partie des matières premières utilisées par la papeterie.
Il est vrai que Pontrieux est situé à un emplacement idéal : la présence du port permet l'importation de ma-tières premières telles que des pâtes à bois provenant des pays nordiques (Norvège, Suède…) et du charbon en provenance de Grande-Bretagne. Le débit de la rivière donne également à Pontrieux cette position privilégiée, là où se rencontrent Trieux fluvial et Trieux maritime.


Ernest, Victor et Emmanuel achètent dans un premier temps, en 1873, le moulin de Kerglas situé en Saint-Clet à 3 km en amont de Pontrieux, qu'ils transforment en minoterie industrielle.
Dans ces ateliers, Victor Huet teste différentes techniques de fabrication de carton. En parallèle et afin de subvenir à leurs besoins en attendant d'ouvrir une usine à Pontrieux, les frères Huet développent différentes activités telles que le commerce du grain ou l'importation de charbon qui est vendu par la suite à des négociants de la région.
Vers 1875-1876, l'occasion se présente de se rapprocher de Pontrieux et de profiter pleinement de ses avantages. Dans la rue de l'Eperonnerie, le Moulin du Trieux, alors un petit teillage de lin et un moulin à grain ex-ploité par Mr Ernest Le Gris fait faillite. Il est rapidement racheté par les frères Huet pour l'établissement de leur cartonnerie dont l'inauguration a lieu le 8 Septembre 1886, en présence de notables de la ville et de la famille au complet. A cette époque, minoterie et cartonnerie emploient en tout près de 60 personnes.

Le déclin puis la fermeture


Quelques années après la mort de Pierre Huet, son fils, André, reprend la direction des cartonneries, conjointement avec son oncle Victor jusqu’à ce que ce dernier quitte les cartonneries au début des années 1950. André en restera le gérant jusqu’à la fermeture de l’usine en 1973.
La seconde guerre mondiale touche durement la cartonnerie, les importations de pâte à bois depuis les pays nordiques étant impossibles. L’idée de faire venir la pâte à bois par voie de terre ne se concrétise pas et la cartonnerie se retrouve alors privée d'une partie de ses matières premières.
Au sortir de la guerre, la cartonnerie est affaiblie et doit faire face à la concurrence croissante, notamment de l'industrie des matières plastiques. La cartonnerie n'est plus compétitive sur le marché, elle ne produit pas assez vite, pas assez efficacement. Des travaux de modernisation sont entrepris dès les années 60 mais les capitaux sont insuffisants pour renouveler la totalité des machines.
Dans une interview accordée au Ouest-France en 1973, André Huet ne peut que constater que la concurrence s’est faite trop rude pour les petites industries «Nous avons des machines, bientôt centenaires, et il était impossible pour notre société d’investir d’énormes capitaux, lorsque l’on sait que, sur 480 industries papetières en France, 17 ont cessé toute activité en 1970, 13 en 1971 et 16 autres en 1972… Songez que notre vitesse de production est de 4 à 11 mètres heures, alors que certaines entreprises avoisinent les 1000 mètres heures… »
Ainsi, comme beaucoup de petites entreprises et malgré des tentatives de modernisation du système de production, les cartonneries sont obligées de fermer leurs portes en décembre 1973.
Sur l’emplacement des anciennes cartonneries se trouve désormais une grande surface (Intermarché)

les productions

Les cartonneries Huet sont à la veille de la Première Guerre Mondiale, les plus importantes des Côtes du Nord avec une production qui peut atteindre 5.000 kg pour 24 heures de travail alors que les deux autres cartonneries du département, situées à Plounévez-Moédec et à Loguivy-Plougras ont une production totale avoisinant les 300-400 tonnes par an.
Les droits de douane qui frappent les matières premières rendent difficile la concurrence avec les cartons étrangers. De fait, la production est destinée principalement à une clientèle régionale, bien qu’elle se vend également à Paris, où l’entreprise a un bureau.



Comme il est possible de régler l'épaisseur, la qualité et la teinte du carton, on produit à l'usine de Pontrieux du carton varié et destiné à divers usages. Hormis les almanachs postaux imprimés par Oberthür, l'usine de Pontrieux a également fourni le carton utilisé pour la fabrication des premiers tickets du métro parisien. C'est également le carton de Pontrieux qui était utilisé par les papeteries de l’Odet pour les carnets de leur papier à cigarette OCB (Odet-Cascadet-Bolloré).

Dès 1900, la minoterie de Kerglas devient une annexe à la cartonnerie de Pontrieux, et se spécialise dans la fabrication de carton cuir. Celui-ci est destiné à des fabricants de valises, mais aussi à l'industrie de la chaussure de Fougères que les cartonneries fournissaient à la fois en semelles et en emballages.

Durant la première guerre mondiale, comme dans d'autres entreprises des Côtes-du-Nord (notamment les papeteries Vallée), les cartonneries travaillent activement pour la défense nationale, bien qu'elles continuent la vente de certains articles à leur clientèle civile.
Ce sont les fils de Ernest et Victor Huet, Pierre (1878-1932) et Victor (1879-1957) Huet qui reprennent les cartonneries au lendemain de la guerre. L'activité est alors florissante: l’usine compte une centaine d’ouvriers. Une bonne partie de la rue de l'Eperonnerie vit alors au rythme de l'usine qui fournit de l’électricité aux riverains grâce à un générateur alimenté par une turbine.

 
 
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